2026/03 - La belle laideur

Enfant, je jouais à des jeux de société, et aujourd’hui, j’en invente. Vous avez en tête ces histoires émouvantes de gens qui ont réalisé leurs rêves ? Des conneries. Enfant, j’aimais les jeux VIDÉO. Et comme j’ai un certain âge, les jeux vidéo de notre époque étaient ce qu’ils étaient. Même moches. Soyons honnêtes. Mais aucun nouveau jeu vidéo, aussi beau soit-il, ne pourra remplacer dans notre cœur les vieux jeux vidéo laids. Que nous trouvions magnifiques. Qui, pour nous, étaient magnifiques. Comme nos camarades de classe. Les plus belles du monde. Parce que notre monde, c'était notre classe. Pas comme aujourd'hui où le monde est devenu aussi vaste que le monde. Ce n'est pas beau ce qui est beau, mais c'est beau ce qui plaît, nous a-t-on appris quand nous étions enfants. La belle laideur d’autrefois nous a plutôt appris que les belles choses sont celles qui laissent de beaux souvenirs. Que personne ne peut vous les enlever. Notre époque. Quand on jouait aux jeux vidéo en groupe. Dans une salle de jeux. Ou chez des amis. C’étaient eux les vrais « jeux de société ». Une époque où un ami était « cette chose dont on n’a jamais assez ». Mais notre époque était différente. Une époque où l’humanité tout entière était unie. Pour défendre ensemble notre planète. Contre les invasions de pixels. Le premier des trois prochains MINI CARD GAME aura pour thème les vieux jeux vidéo vintage. Vintage comme moi.

 

 

2026/02 - Les fleurs en hiver

J'ai passé un week-end au milieu de nulle part. En pleine campagne. En pleine nature. À côté d'un échangeur autoroutier. L'un des nombreux endroits au monde situés au milieu de nulle part, mais que j'appellerai, par commodité, « Parme ». Dans une sorte de retraite spirituelle. Comme un ermite. Mais avec 664 autres personnes. Qui ont eu la même idée que moi, au même moment. S'enfermer au milieu de nulle part. Pas seulement parce que c'était l'hiver. Pour tester des prototypes de jeux de société. Des prototypes. Des jeux pas encore finis. Qui ne fonctionnent peut-être pas. Même si, dit comme ça, ça semble moche. Je l'ai fait pour choisir les trois prochains nouveaux jeux à publier dans la série MINI CARD GAME. Mais chacun des participants avait ses propres bonnes raisons d'être là. Pour jouer. Jour et nuit. Dans chaque salle. Couloir. Hall. Même s’il est peu crédible qu’il y ait un « hall » à « Parme ». Appelons ça un vestibule. Voici les chiffres officiels : 368 auteurs, 170 testeurs, 25 journalistes/blogueurs, 22 éditeurs, 80 « opérateurs ». Non, je ne sais pas qui sont ces « opérateurs ». Mais ils étaient là, d’après le communiqué officiel de l’événement. 665 personnes qui, jour et nuit, scrutent, saisissent et déplacent des bouts de papier et des morceaux de carton comme s’il s’agissait de reliques sacrées. Avec le même regard émerveillé que les enfants devant leurs bricolages en papier et en carton. Des milliers de prototypes, de parties, d’idées. Des jeux plus ou moins beaux. Surtout moins. Mais qui, un jour peut-être, le deviendront. Magnifiques. Fabuleux. Comme les contes d’Andersen. Qui n’ont pas tous une fin heureuse. Mais à « Parme », au bord d’un échangeur autoroutier, des merveilles peuvent s’épanouir. C’est pour cette raison que les concepteurs de jeux italiens se rendent à « Parma » une fois par an avec leurs prototypes. Avec la même motivation qui pousse à se rendre à Lourdes. Et dans ce cadre hivernal, féérique et andersenien, nous avons choisi les trois prochains jeux qui poursuivront la série des MINI CARD GAME.

 
2026/01 - La difficulté de commencer

Lorsque le grand violoncelliste et chef d’orchestre espagnol Pablo Casals a fêté ses 95 ans, un jeune journaliste lui a demandé : « Monsieur Casals, vous avez 95 ans et vous êtes le plus grand violoncelliste qui ait jamais existé. Pourquoi continuez-vous à vous exercer six heures par jour ? » Pablo Casals a répondu : « Parce que je pense que je fais des progrès. »

On dit que le plus difficile, c’est de commencer. Mais qu’en est-il de continuer ? Pour commencer, on peut se lancer avec un chef-d’œuvre, mais n’importe quelle bêtise fera très bien l’affaire. Mais pour continuer, cette bêtise doit être au moins meilleure que la précédente. Ce n’est pas facile de choisir les trois nouveaux jeux qui poursuivront la série MINI CARD GAME. Ce n’est pas facile d’essayer de toujours faire mieux. Et les GiocaGiullari, qui classent l’un de nos jeux dans le TOP 10 des meilleurs jeux sortis l’année dernière, ne contribuent pas à modérer les attentes. Parfois, je regrette l’insouciance des débuts. Quand quelque chose n’existe pas encore, c’est toujours un chef-d’œuvre en puissance. Un jour, une camarade de classe a demandé au professeur si quelqu’un avait obtenu la note maximale au contrôle. Oui, lui a répondu le professeur. Elle a souri, heureuse, « c'est peut-être moi », a-t-elle dit. En réalité, elle a eu 2,5. Mais elle était dans une classe où quelqu'un avait obtenu la note maximale, donc, potentiellement, ça aurait pu être elle. Choisir les premiers jeux à publier, c'était cette joie-là. Deux ans et dix jeux plus tard, on se pose plutôt plus de questions. Chaque année, plus de 5 000 nouveaux jeux de société sont publiés, d’après une recherche aléatoire sur Internet. Je ne me souviens pas de la source, restons-en au niveau du « bouche-à-oreille ». On est donc en droit de se demander si le monde des jeux a besoin d’un nouveau jeu de plus. Et si, pour avoir déjà créé des jeux dans notre vie, nous sommes capables de faire « mieux ». Mais peut-être que je me pose toutes ces questions parce que j’appartiens à une génération qui a grandi en écoutant des chansons comme « Si può dare di più » (On peut faire mieux).

 

Naivina, Switzerland.